 Le PM aurait pris le devant pour donner un sens fort à cette phrase qu'il prononce à tout bout de champ"ceux qui sont morts ne sont pas morts" | Il ne convient plus de préciser les conditions qui ont présidé à la nomination de Lansana Kouyaté et de son gouvernement. Rappelons brièvement que le vent du changement avait touché jusqu'au dernier paysan du village le plus reculé du pays, avec l'appui d'une médiatisation inédite, locale et internationale. Des accords dits tripartites avaient scellé la fin du tumulte qui avait embrasé le pays. Le Président de la République avait été invité à nommer un Premier ministre, Chef de gouvernement, doté de larges pouvoirs. Pour conférer au document toute « son authenticité », une institution internationale a imprimé toute sa marque : c'est sous l'égide de l'ancien président nigérian, le Général Babangida et de Ibn Chambas, Représentant la CEDEAO que les Guinéens ont mis terme à ce qui aurait pu devenir une « Révolution ». Toutes les parties ont été contentées, car le Président a répondu favorablement (à son corps défendant peut-être), aux exigences qui lui ont été soumises. Il a été nommé un Premier ministre, Chef du gouvernement dit de consensus dont les attributions et pouvoirs ont été solennellement présentés. « La désillusion » Seulement voilà, après onze mois de gouvernance, Lansana Kouyaté et son gouvernement se rendent compte des limites, des clés de l'accord. Selon une représentante aux négociations le 09 janvier dernier, les accords de janvier 2007 portaient en eux-mêmes les germes d'une crise. Le « Premier Ministre a pour charge de proposer des nominations au Président, nomme à des emplois civils ». Aux yeux d'un néophyte, le PM disposerait ainsi de beaucoup de pouvoirs. Or, ces termes sont porteurs d'épines. En effet, dans la fièvre de sortie de crise, les syndicats et la société civile ne se sont pas souciés de peser tous les mots avant de signer. Il n'a pas été précisé comment le PM peut signer des actes. Est-il à même d'émettre des décrets, étant donné qu'un arrêté ne saurait annuler un décret ? C'est ce spectacle désolant que le PM, son gouvernement et le peuple de Guinée ont eu comme cadeau de fin d'année du Président de la République. Le décret du 05 décembre a sapé sérieusement l'autorité du PM. Il stipulait entre autres que le contrôle de l'action gouvernementale revient au Secrétaire général de la Présidence, la Banque centrale à la Présidence. Face à une telle cacophonie, la thèse la plus élémentaire, dans une perspective de changement, consisterait à demander la démission au PM. Pire, le message de vœux du nouvel an concocté par la Présidence (Président et clan) a représenté la goutte d'eau... Par responsabilité ou par goût pour le pouvoir, le PM s'est époumoné sur les ondes de radios étrangères qu'il « n'a pas démissionné et qu'il n'a pas l'intention de démissionner, à moins que le Président ne le démette ». À mon avis, cet effort de rassurer un public qui n'est plus forcément acquis à sa cause manque de sens. Il en était de même pour les ardeurs des centrales syndicales d'organiser mordicus une grève à la date du 10 janvier dernier. Où étaient ces centrales, lorsque le PM s'est désolidarisé d'elles, en agissant sans être de concert avec ses mandants ? Sur quelle sonnette les syndicats ont-ils tiré quand ils ont compris que le Gouvernement dit de consensus n'était pas expéditif pour diligenter l'enquête sur les actes ignobles de janvier et février 2007 ? Ou plus simplement, comment ont-ils géré le retard dans la mise en place de la structure des départements ministériels ? Leurs arguments du mot d'ordre de grève lancé le 04 janvier, n'ont donc pas été éloquents aux yeux des esprits critiques. Cela dit, on ne peut pas récuser la volonté des syndicats de participer à l'élan de développement du pays. Les syndicats ont été le véritable artisan du vaste mouvement de contestation en Guinée. C'est pourquoi, toute option de construction d'une démocratie saine à l'échelle de la Guinée se doit de faire participer les structures syndicales. Les évènements qui ont failli faire intervenir une nouvelle crise en ce début d'année 2008 ont été préparés progressivement par le PM, consciemment ou non. L'heure n'est pas à dresser le bilan de la gouvernance durant les onze mois écoulés. Par contre, il n'est pas superflu de démasquer quelques erreurs stratégiques que le PM a minimisées. Cette identification nous aiderait à ne pas nous « brûler deux fois au même feu ». Le PM a n'avait rien à gagner à donner de la confiance aux anciens caciques du Régime, mais encore très proches de la Présidence. Ceux-là auraient dû être inquiétés très tôt et se seraient égosillés à se défendre auprès de la justice plutôt qu'à tramer de basses manœuvres, des perfidies ou des coups fourrés sur le dos du gouvernement actuel. On comprend mal pourquoi les résultats des audits qui ne se limitent malheureusement qu'à deux années de gestion, continuent toujours à dormir au Ministère de tutelle. Tous les fauteurs auraient dû répondre de leurs actes bien que l'opération ne représente pas une chasse aux sorcières. Une précision tout de même : les Guinéens doivent être informés de tous les mécanismes et procédures des départements soumis à l'exercice. Le PM a tôt fait de convaincre le Président de la République qu'il était venu pour se soumettre, pour entériner la démarche qui lui était dictée par ce dernier. Fidèle à son raide caractère de soldat, le Président s'est plu à ne signer les décrets qu'à l'heure et aux circonstances voulues par lui-même. Il s'est écoulé neuf mois pour que le décret de restructuration soit signé avec un contenu alambiqué de surcroît. Venu en sauveur de la nation afin (entre autres) de débusquer les prédateurs de l'économie, M. Kouyaté a affiché des airs de dignitaire et une gestion dispendieuse des affaires courantes. Délégation compacte en visite ininterrompue dans les cinq coins du monde, vols spéciaux pour des missions, parrain par excellence d'une ONG dont les sources de revenu restent très obscures, bon samaritain dans les mosquées et autres lieux de cérémonies, cautionnement des dépenses mirobolantes (budget CAN 2008 : 59 milliards de francs guinéens !) représentent quelques sports favoris du Messie. Un autre aspect très gênant réside dans le caractère de duplicité du PM dans la gestion politique. Au plus fort de la crise au sommet de l'Etat, la gouvernance de M. Kouyaté s'est empressée de critiquer ouvertement, à la télé nationale, le décret du 05 décembre qui, juridiquement, représente « une turpitude » selon le Professeur Albert Bourgi, tant est « insensé » son contenu. De cet acte de dernière minute, on peut dire ceci : ou bien M. Justin Morel a parlé en son propre nom pour jeter l'opprobre sur les auteurs du décret ; ce qui lui aurait valu un abject sacrifice, ou bien le PM se moque de la population, des centrales syndicales et de tous ceux-là qui l'ont encensé à un moment donné. Où en est l'enquête sur les odieux événements de juin 2006 et de janvier-février 2007 ? Venu à la faveur des soubresauts ayant entraîné le meurtre d'un nombre incalculable de jeunes innocents, le PM aurait plutôt pris le devant pour donner un sens fort à cette phrase qu'il prononce à tout bout de champ « ceux qui sont morts ne sont pas morts ». Cette phraséologie ne tient plus le coup, tant sont maigres les ambitions du gouvernement d'établir toute la lumière sur les atrocités commises. La plus grande insuffisance de M. Kouyaté est de n'être pas parvenu à imposer une allure à sa gouvernance par laquelle on aurait pu le juger. Un gouvernement est à l'image de son chef; le nôtre souffre d'une personnalité soutenue. La voie du salut Les chemins sont nombreux mais hérissés d'embûches raison de la division des Guinéens sur leur « chose publique ». Une importante partie de nos blocages est tributaire des termes de notre constitution. Cette dernière, certainement taillée sur mesure, accorde un pouvoir fort au Président de la République en faisant de notre système un régime présidentiel. Elle annihile donc le poste de Premier Ministre. Sa révision de 2001 est venue cancériser la gouvernance par la Présidence à vie. Les seuls à apporter aujourd'hui un quelconque changement demeurent le Président de la République et l'Assemblée nationale. Or, le premier ne tire aucun avantage (bien au contraire d'ailleurs) à modifier la constitution. Il ne le pourra même pas quand on sait quelle est l'opacité malsaine qui gît à son alentour. Le second, périmé depuis juin 2007, ne représente plus que l'ombre d'elle-même. Elle a, très peu de fois, réussi à apporter des modifications de fond aux budgets que les ministres ont défendus au Parlement. Sa formule la plus courante a été « Je n'ai pas de question; je vous félicite et vous encourage ». Les mauvaises langues ont soutenu la thèse de corruption. N'ayant pas de preuve, je ne m'en mêle pas. Dans le meilleur des cas, c'est-à-dire si l'Assemblée décidait de réviser la constitution, ce serait encore à l'avantage du Président de la République. Car celui-ci est le Président du parti majoritaire au Parlement. Qu'on se le tienne pour dit sans détours : les accords signés en janvier 2007 et en janvier 2008 ne représentent qu'un subterfuge de sortie de crise. On a beau signer des accords entre société civile, centrales syndicales, institutions républicaines et Présidence de la République, ces signatures seront de zéro effet lorsque la Constitution se réveille et s'affirme. Jusqu'à preuve du contraire, nous restons et demeurons régis par notre Loi fondamentale qui dans ses articles 39 et suivants reste très claire. Le Président est le Président ; toute autre délégation du pouvoir ne proviendrait que de son accord, libre.
Cela dit, on a un moyen de l'emporter afin de prendre part vigoureusement aux destinées de la Nation. Les prochaines élections législatives représentent à mon avis le plus gros test pour l'ère Kouyaté en tant que Chef du gouvernement. L'organisation des prochaines élections demeure un tournant décisif pour les prochaines années. Toutefois, sa réussite ne peut se cantonner à de beaux discours flagorneurs. Tous les discours devront être ponctués par des actes incontestés. La CENI doit bénéficier du soutien de tous, en particulier de la Société civile, des centrales syndicales et des partis politiques. Ces derniers ont tout à gagner en rangeant dans leurs sacoches leurs inimitiés jusqu'au lendemain des législatives. En tous les cas, si les malversations l'emportent, c'est la renaissance du statu quo et même de la dégringolade. Les nouveaux élus excelleront en magouille et en veulerie, renforceront leur pouvoir aux dépens de la population. Par contre, et on l'espère, en cas d'élections transparentes, libres et justes (la distinction n'est pas gratuite), on peut s'attendre à assainir la gouvernance avant 2010, organiser une présidentielle équitable en cette année-là. De là, naîtra une nouvelle Guinée qui se chargera de réconcilier toutes les entités ethniques et religieuses en faisant un travail de mémoire sincère, qui amorcera le développement social et économique, qui bâtira une démocratie saine enfin, qui saura tirer profit de ses nombreuses ressources qui cesseront d'être des «catastrophes naturelles ». Que Dieu bénisse la Guinée ! Mohamed Diaby Sociologue Contact : mohamediaby@yahoo.fr
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